Le moment est arrivé : vous allez présenter votre design, fruits de plusieurs heures de veille, d’itérations, de recherche, de remises en question … et là, les premiers retours tombent …
« Tu peux grossir le logo ? » – « Il n’y a pas trop d’espace vide ? » – « Et tu peux mettre d’autres couleurs sur les boutons ? » Ces phrases tellement familières et redoutées de tout designer, qu’il soit graphiste ou UI designer… Souvent à côté du sujet, basées sur des ressentis personnels… Notre métier n’est pas facile car le design présenté n’est que la partie visible de l’iceberg de notre travail.
Plus d’une fois, ces réunions m’ont paralysée et j’ai souvent regretté de ne pas avoir su défendre mes idées. C’est à force de faire des présentations que j’ai réussi petit à petit à prendre du recul et soutenir mes designs, laissez-moi vous partager ce que j’ai appris !
Pourquoi est-on frustré·e en premier lieu ? 🤔
Comme souvent, même avec la meilleure volonté, notre cerveau aime bien les raccourcis et se laisse submerger par des biais cognitifs. Les connaitre et les identifier peut aider à prendre du recul et accepter ces ressentis.
Par exemple, le biais de négativité peut jouer énormément dans l’accueil des retours sur un design : c’est la tendance à accorder plus d’importance à une information négative qu’aux informations positives. Si bien qu’il est possible que votre design ait reçu 10 retours positifs, mais vous vous concentrerez uniquement sur le seul négatif …
Un autre biais, l’effet de halo ou effet de contamination, affecte la perception de vos interlocuteurs. Cela se base sur une « première impression » que vous aurez des personnes présentes dans la réunion. Cela peut être positif comme négatif, et cela affecte la façon dont vous pourrez interpréter leurs retours.
Mais les biais peuvent également jouer sur la réception de votre présentation : comme le biais de primauté, qui fait que le premier élément que vous allez présenter va davantage marquer les esprits que la suite de la présentation. Cela peut jouer sur les retours que vous recevrez, qui se concentreront potentiellement sur un détail que vous ne vouliez pas aborder… Il vaut mieux encadrer et préparer sa présentation pour éviter des blocages inutiles.
Préparer la présentation 🤓
Bien évidemment, nous savons toutes et tous que nous devons préparer ces présentations de design à l’avance, mais je sais que j’oubliais souvent d’ajouter ces 3 points clés.
Tout d’abord, il faut clarifier l’objectif de la réunion. Est-ce une réunion pour valider un parcours, confirmer la hiérarchie des informations ou partager des informations et des inspirations ? Cet objectif peut être ajouter à l’objet de la réunion, ce qui aidera les participant·es à comprendre ce qui est attendu à l’issue de la présentation et permettra aux retours d’être plus pertinents – et donc moins frustrants.
Ensuite, définir et donner le contexte permet d’éviter des retours trop subjectifs. Quelles sont les cibles du design présenté ? Quels problèmes souhaitons-nous résoudre ? Quelles sont les contraintes à prendre en compte ? Si ce contexte a guidé vos choix, il faut qu’ils soient connus par tous et toutes, encadrant ainsi le périmètre des retours.
Enfin, choisir le bon timing peut jouer dans la pertinence des retours. Une présentation trop précoce entrainera des débats infinis, sans cadre, et vous n’obtiendrez que peu de retours exploitables. A l’inverse, une présentation trop tardive pourra entrainer des blocages trop importants car vous n’aurez pas validé des jalons essentiels.
Structurer et guider la perception 👩🏫
Comme abordé dans la première partie, le biais de primauté peut énormément jouer dans la perception de votre design. La structure de votre présentation jouera grandement dans l’accueil de votre design.
Avant même de parler d’esthétique ou de design, rappelez le contexte et le problème utilisateur résolu par votre travail. Ce périmètre a joué sur votre méthode de travail et le cheminement du projet : repartagez tous les éléments qui ont influencé vos décisions : tests, itérations, arbitrages internes. Cela vous évitera des retours hors sujet, contraires ou déjà partagés lors de précédentes réunions.
Dans la même idée, mettez en avant les éléments à discuter, mais également les éléments figés, qui ne nécessitent pas de retours. Ce sera un gain de temps – et de patience !
Enfin, en tant que réel maitre d’orchestre, orientez les retours que vous recevrez en rappelant les attentes et les objectifs de la réunion : retour sur l’ergonomie, disposition, contenus, etc.
Tout noter, sans jugement ✍️
Pendant toute la réunion, notez les idées partagées grâce à quelques astuces :
- Reformulez les retours, pour confirmer ou affiner ce que vous avez compris ;
- Notez tous les retours, même ceux semblant hors sujet, car ils sont peut-être synonyme de frictions cachées ;
- Distinguez et classez les opinions subjectives des feedbacks actionnables, à appliquer dès maintenant ou à garder de côté ;
- Accompagnez et challengez les retours de manière empathique et sans jugement.
J’aime bien pour ma part partager les idées, réorganisées, dans un compte rendu que je partage par la suite par mail. Cela permet de rappeler les échanges et éviter de se répéter lors des prochaines réunions.
Transformer la frustration en apprentissage 🎓
Il est temps de faire la rétrospective de votre présentation : qu’est-ce qui a bien marché ? Qu’est qui a entrainé du bruit inutile ? Quels sont les retours qui peuvent nécessiter des approfondissements ? Même si parfois, ces réunions sont frustrantes, savoir en tirer des leçons avec le recul permet de réduire progressivement les émotions négatives.
Si malgré tout, ces présentations restent angoissantes, une autre piste est d’appliquer la communication non violente, qui permet de faire preuve d’auto-empathie (clarifier ce qui se passe en soi) et d’empathie (recevoir le message de l’autre). La communication non violente se déroule en 4 étapes :
- Observation (O) : quels sont les faits, quelle est la situation, etc.
- Sentiments (S) : quelles sont les émotions ressenties, les sensations physiques, etc.
- Besoin (B) : quels sont les besoins à l’origine du sentiment ressenti, quelles valeurs en jeux, etc.
- Demande (D) : quelles sont les actions et connexion réalisables, concrètes, précises et formulées positivement
Savoir s’écouter permet également d’approfondir la connaissance de soi, de se remettre en question et d’évoluer progressivement. Cela m’a beaucoup aidée pour ma part !
Conclusion
Tout comme le travail de design, la présentation de ses résultats demande un cadre bienveillant et clair pour que les échanges se déroulent de manière fluide et positive. Chaque présentation est l’occasion d’apprendre, tant sur le métier que sur soi-même. Et peut-être qu’à l’avenir, ces présentations seront des moments agréables, comme cela l’est devenu pour moi !